David Morales : du ghetto à la consécration
En 1989, il crée avec son complice et autre légende Frankie Knuckles une société de productions de remixes, « Def mix productions » avec pour manager une certaine Judy Weinstein, une femme qui comptera également dans la réussite de Morales et de la "petite entreprise ».
De 1989 à 1992, il rejoint le célèbre club new-yorkais, le « Red Zone », éponyme désormais logique de ses mixes les plus « underground ».
1993 est l'année de ma rencontre avec cette icône à qui je dois en grande partie mon amour du garage et de la house. Le 4 juillet, il m'accorde une interview dans les studios de la radio Skyrock pour laquelle j'animais le Top Dance et réalise un set qui sera diffusé le 21 août 1993 dans une émission agonisante que j'avais co-animé avec J.M. Meschin (alias Max) durant toute la saison 92-93, la « Max Party ».
Sa carrière prend d'ailleurs un nouveau tournant puisqu'en signant son album « The Program » avec le label Mercury, album dont la promotion est le prétexte à sa venue en France, David étrenne ses galons de producteur à part entière. Cet album, mélange de toutes ses influences (house et jamaïcaines) ne remportera pas le succès escompté sans doute parce qu'il fût réalisé dans une certaine précipitation faute du temps qui manque à un remixeur surbooké.
Qu'à cela ne tienne, il passe à la vitesse supérieure en réalisant les remixes d'artistes de renom international tels que Madonna, Jamiroquai, Michael Jackson ou Mariah Carey dont il devient d'ailleurs le remixeur attitré. Le « style Morales » commence alors à évoluer de manière significative et le coté « underground » des débuts laisse place à des mixes beaucoup plus orientés « radio » ce qui laisse penser aux plus radicaux de ses fans que le « Maître » va tomber dans la facilité.
Erreur, puisque, sans jamais délaisser ses fameux « dubs », il reviendra à la charge sous le nom de « The Boss » avec "Congo" un hit « house » majeur de l'année 1995.
Comment imaginer qu’à l’époque où je l’ai rencontré, Morales ait pu réaliser plus de 200 productions en 7 ans de carrière ?
Pour réaliser cet exploit,
maintenir une cadence infernale et répondre en quelques jours à la commande
d'une maison de disque en livrant plusieurs mixes dans différents styles,
Morales est en quelque sorte le chef d'orchestre d'une « dream team » de talents, chacun ayant une spécialité bien
particulière au sein de Def Mix Productions.
Tout
d'abord les mixes de Morales ont, comme on dit, ce « gros son » qui impose le respect aux oreilles exigeantes des DJ et garantit à
celui qui les joue la gratitude des clubbers.
Pour ce faire, il s’assure les services de 2 ingénieurs
du son, David Sussman et John Poppo.
Au niveau des arrangements, Morales se réserve
généralement la partie « rythmiques et percussions » et fait appel à de vrais
musiciens de studios pour jouer les claviers ( accords et solos ) à savoir
Satoshi Tomiie, Peter « sky » Schwartz et Eric
Kupper, chacun d'eux pouvant également programmer des sons particuliers
pour personnaliser au maximum le style « Morales ».
Enfin il arrive que David se joigne à son compère Frankie Knuckles, lui aussi remixeur de talent, pour réaliser ensemble certains projets.
Le style "Morales" en 3 phases et quelques productions
essentielles :
- L'annonce de la
flamboyance
SATOSHI TOMIIE "and i loved you" : un monument de "deep house" avec Arnold Jarvis aux vocaux
D MOB "that's the way of the world" : un joyau porté par la voix de Cathy Dennis - Le "Hit
Maker"
CE CE PENISTON "finally" : le premier gros carton radio de l'ami Dave
SHABBA RANKS "Mr loverman" : les influences reggae s'expriment totalement
INCOGNITO "always there" : le classique de Ronnie Laws repris par Jocelyn Brown
ALISON LIMERICK "where love lives" : l'un des 10 meilleurs mixes « garage » de l'histoire
BRAND NEW HEAVIES "never stop" : Morales remixe l'acid jazz - L'éclectisme, signe du
génie
JAMIROQUAI "the return of the space cowboy" : réinterprété par Jay Kay pour la circonstance
JAMIROQUAI "cosmic girl" : incontournable et désormais « gold » en radio
SOUNDS OF BLACKNESS "i believe" Morales facon « gospel » avec Ann Nesby au « lead vocal »
DENI HINES "i like the way" : son chef d'oeuvre de 1998
JAYDEE "plastic dreams" : transformation d'un tube « trance » en hymne house
JOCELYN BROWN "ain't no mountain high enough" : la reprise d'Inner Life
CERRONE "love in C minor" : le pionner français du disco revisité
JOE ROBERTS "back in my life" : même des titres indigents brillent de mille feux
U2 "discotheque" : Ceux qui se moquent des clubs finissent par y être joués...le comble - Morales producteur
DAVID MORALES "gimme luv" : extrait d'un premier album peu convaincant
MARIAH CAREY "dreamlover" : Mariah Carey réinterprète aussi ce titre pour les besoins du mix
THE BOSS "congo" : hymne tribal de 1995
THE FACE "needin' u" : son premier Top 10 en Europe (avec le sample de "My first mistake" de The Chi-Lites)
Après avoir réalisé plus de 250 remixes et productions, la consécration viendra en 1998 lors des « Grammy Awards » (l'équivalent américain de nos « Victoires de la Musique »), cérémonie au cours de laquelle il sera élu « meilleur remixeur de l'année ». Il inaugurera par la même occasion la naissance de son label, Definity Records.
Depuis, ce grand producteur devant l'éternel a quelque peu déserté les charts, sans doute bien plus impliqué dans sa carrière de DJ international que dans la production et les remixes, aucun titre estampillé du « Boss » n’ayant d'ailleurs franchi la barrière des playlists des radios françaises depuis des lustres.
En 2004, il sort son 2ème album, « 2 Worlds Collide », avec des titres comme "How do U feel" qui s’inscrivent hélas un peu trop dans la mouvance « électro-dance » actuelle.
David, as-tu rompu définitivement les liens avec le « garage » et la « house » underground de tes débuts ou n’est-ce qu’une passade ?