Salut à tous !
Pour plus de fonctionnalités, mes nouveaux posts seront désormais disponibles à l'adresse suivante : http://djbertrand.blogspot.com/
A bientôt pour une saga de megamixes inédits concoctés tout au long de l'année 2008.
L'album "Melody A.M." concocté par les 2 norvégiens de Röyksopp et sorti fin 2001 est une véritable révélation. Immédiatement, la radio FG s'empare du titre "EPLE" et le joue en boucle à l'antenne. Tiscali emboîte le pas et l'utilise pour lancer sa campagne de pub. "Le talent c'est savoir copier les autres, le génie c'est s'approprier leur idées", dit le prophète. Cet album est une mine d'or de titres souvent fabriqués à base de samples improbables ("Blue On Blue" par Gals and Pals sur SO EASY, "Fly Robin Fly" par Silver Convention sur POOR LENO, "Love In Space" par Peter Thomas Sound Orchestra sur SHE'S SO...). Un album quasi-parfait dont j'ai extrait le titre le plus chill, "Sparks", clin d'oeil à Portishead avec ce riff de guitare que l'on croirait tiré d'une musique de film italien des années 60 et la voix d'Anneli Marian qui semble tout droit sortir du pavillon d'un phonographe des années 20. Les puristes noteront le sample de l'intro (hors extrait) emprunté à Klaus Shulze (Dark side of the Moog - Three Pipers at the Gates of Dawn Part 6). Le 2ème album, sorti en 2005, moins intimiste, moins créatif et plus orienté dancefloors m'a un peu éloigné de ceux qui m'avaient tant séduit au départ. L'electro "choc" tient hélas le haut du pavé au détriment de l'electro "chic".
Skyrock fut une bonne radio pleine d'audace et de créativité avant d'être jetée en pâture aux lascars des (sous-)cultures urbaines et aux talk-shows vulgaires. A sa décharge, nous dirons que l'amendement Pelchat sur les quotas français l'obligea à livrer son âme au diable malgré elle.
Lil' Louis, c'était bien sûr "French Kiss", son premier hit mondial, un titre dans un premier temps magnifié par RLP dans le SkyDance (le Re-layed Back Up Your Conversion Mix avec, en toile de fond, cet ébat amoureux qui mène doucement à l'orgasme final) avant d'être sacrifié par ce même RLP pour produire l'odieux titre de l'animateur de télé Lagaf', Bo le Lavabo.
Lil' Louis (contraction de Little Louis) alias Louis Sims, est un enfant de la house de Chicago très précocement devenu DJ.
L'histoire raconte qu'il fit ses premières armes malgré lui dès l'âge de 12 ans lors d'une soirée de pacification des gangs de Chicago organisée à l'initiative de sa mère, très impliquée dans le "social". Le DJ initialement prévu ayant été victime d'une crise d'épilepsie en plein set, la mère du petit Louis ordonna qu'il le remplace au pied levé. Quel baptême du feu inquiétant pour cet enfant qui s'en tira plutôt bien face à un parterre de gangsters loin d'être acquis à sa cause, ces "Vice Lords" ou autres "Latin Kings" qu'on retrouve dans la saga de jeux vidéo GTA.
Dès l'âge de 14 ans, Lil' mixe en clubs et en fait son gagne-pain ; en 1980, il crée son propre club, The Future.
En cette fin d'année 1992, après un premier album très prometteur, "From the Mind of Lil' Louis" sorti 3 ans plus tôt, il vient saluer cette France qui, comme bien d'autres pays européens, a ovationné son nouveau single "Club Lonely".
Je me suis procuré dès sa sortie l'album "Journey With The Lonely" qui est une véritable merveille soul-jazz. La grande maturité de la production et des arrangements démontre que Lil' Louis n'est pas seulement un DJ mais aussi un bon musicien (batterie et basse) ce qu'il tient sans doute de son père, membre du fameux groupe jazz-funk Rotary Connection (auteur du monumental "I Am The Blackgold Of The Sun") et qui a joué avec B.B. King.
"Club Lonely" bien sûr mais aussi "Saved My Life", "New Dance Beat", "Do U Love Me", "You're My Reason" ou "Dancing In My Sleep"....6 titres somptueux qui justifient l'achat de cette oeuvre qui ne peut se résumer à un simple album de house music tant les morceaux sont fabriqués avec le soin qu'apporterait un producteur chevronné.
Malheureusement le succès ne sera pas au R.V. et Lil' Louis se retirera de la production pendant 4 longues années.
Le jour de sa venue dans les studios de Skyrock, je m'attends à voir un DJ avec l'uniforme de circonstance. Il n'en est rien. C'est un homme élégamment et sobrement vêtu d'un costume noir "style banquier" et de grandes chaussures pointues qui pénètre dans la station. Les photos très soignées qui figurent sur le livret de son album auraient dû me mettre la puce à l'oreille. Lil' n'est pas un DJ ordinaire, stéréotypé comme tant d'autres.
J'espère pouvoir assister à son mix dans le studio (et noter les titres qu'il joue). Peu loquace, l'homme semble aussi très méticuleux, essuyant délicatement ses disques avant de les jouer. C'est bien la première et la dernière fois que j'aurais vu un DJ jouer en costume.
Très vite, il demande à ce qu'on le laisse seul. Lorsqu'on est aux platines, il y a toujours une gêne à se sentir observé de derrière surtout dans une pièce aussi exiguë que le petit studio de Skyrock. Lui-même doit se demander comment il a pu atterrir dans cette radio plutôt bordélique qui se résume à un long couloir et 5 petites pièces.
Mais qu'importe, la merveille est au R.V. et beaucoup de forums parlent encore de ce set qu'ils jugent comme le meilleur jamais diffusé dans la Max Party.
Un mix sophistiqué où Lil' joue sur les phasings, triture l'équaliseur de la table de mixage et propose un track-listing mémorable, d'une musicalité qui démontre un raffinement à l'image de son album.
Ce groupe allemand formé en 2001 et totalement inconnu en France comme
de nombreux artistes présentés sur ce blog, témoigne de la richesse du
patrimoine musical de nos voisins dans tous les compartiments de ce
qu'on appelle vulgairement et pour simplifier, l'"Electro". Leur
néo-soul aux arrangements ciselés peut aisément rivaliser avec les
productions de pointures américaines comme India Arie ou Jill Scott. On
découvre sur "Miracles" la voix de Platnum alias Ruth-Maria Renner
(qu'il ne faut pas confondre avec la décadente Miss Platnum).
Très présents sur les scènes européennes, ils ont notamment assuré les
premières parties de James Brown et George Benson.
Pendant ce temps en France, englués dans un R'nB au rabais, nos
artistes black peinent à nous montrer qu'eux aussi ont assimilé l'âme
de la Motown. On a cru un moment qu'Amel Bent pouvait être la "Alicia
Keys française" mais, à l'écoute de son dernier album, on se dit que
finalement..Non, c'était encore un coup d'épée dans l'eau. SNIFF !
En 1989, il crée avec son complice et autre légende Frankie Knuckles une société de productions de remixes, « Def mix productions » avec pour manager une certaine Judy Weinstein, une femme qui comptera également dans la réussite de Morales et de la "petite entreprise ».
De 1989 à 1992, il rejoint le célèbre club new-yorkais, le « Red Zone », éponyme désormais logique de ses mixes les plus « underground ».
1993 est l'année de ma rencontre avec cette icône à qui je dois en grande partie mon amour du garage et de la house. Le 4 juillet, il m'accorde une interview dans les studios de la radio Skyrock pour laquelle j'animais le Top Dance et réalise un set qui sera diffusé le 21 août 1993 dans une émission agonisante que j'avais co-animé avec J.M. Meschin (alias Max) durant toute la saison 92-93, la « Max Party ».
Sa carrière prend d'ailleurs un nouveau tournant puisqu'en signant son album « The Program » avec le label Mercury, album dont la promotion est le prétexte à sa venue en France, David étrenne ses galons de producteur à part entière. Cet album, mélange de toutes ses influences (house et jamaïcaines) ne remportera pas le succès escompté sans doute parce qu'il fût réalisé dans une certaine précipitation faute du temps qui manque à un remixeur surbooké.
Qu'à cela ne tienne, il passe à la vitesse supérieure en réalisant les remixes d'artistes de renom international tels que Madonna, Jamiroquai, Michael Jackson ou Mariah Carey dont il devient d'ailleurs le remixeur attitré. Le « style Morales » commence alors à évoluer de manière significative et le coté « underground » des débuts laisse place à des mixes beaucoup plus orientés « radio » ce qui laisse penser aux plus radicaux de ses fans que le « Maître » va tomber dans la facilité.
Erreur, puisque, sans jamais délaisser ses fameux « dubs », il reviendra à la charge sous le nom de « The Boss » avec "Congo" un hit « house » majeur de l'année 1995.
Comment imaginer qu’à l’époque où je l’ai rencontré, Morales ait pu réaliser plus de 200 productions en 7 ans de carrière ?
Pour réaliser cet exploit,
maintenir une cadence infernale et répondre en quelques jours à la commande
d'une maison de disque en livrant plusieurs mixes dans différents styles,
Morales est en quelque sorte le chef d'orchestre d'une « dream team » de talents, chacun ayant une spécialité bien
particulière au sein de Def Mix Productions.
Tout
d'abord les mixes de Morales ont, comme on dit, ce « gros son » qui impose le respect aux oreilles exigeantes des DJ et garantit à
celui qui les joue la gratitude des clubbers.
Pour ce faire, il s’assure les services de 2 ingénieurs
du son, David Sussman et John Poppo.
Au niveau des arrangements, Morales se réserve
généralement la partie « rythmiques et percussions » et fait appel à de vrais
musiciens de studios pour jouer les claviers ( accords et solos ) à savoir
Satoshi Tomiie, Peter « sky » Schwartz et Eric
Kupper, chacun d'eux pouvant également programmer des sons particuliers
pour personnaliser au maximum le style « Morales ».
Enfin il arrive que David se joigne à son compère Frankie Knuckles, lui aussi remixeur de talent, pour réaliser ensemble certains projets.
Le style "Morales" en 3 phases et quelques productions
essentielles :
- L'annonce de la
flamboyance
SATOSHI TOMIIE "and i loved you" : un monument de "deep house" avec Arnold Jarvis aux vocaux
D MOB "that's the way of the world" : un joyau porté par la voix de Cathy Dennis - Le "Hit
Maker"
CE CE PENISTON "finally" : le premier gros carton radio de l'ami Dave
SHABBA RANKS "Mr loverman" : les influences reggae s'expriment totalement
INCOGNITO "always there" : le classique de Ronnie Laws repris par Jocelyn Brown
ALISON LIMERICK "where love lives" : l'un des 10 meilleurs mixes « garage » de l'histoire
BRAND NEW HEAVIES "never stop" : Morales remixe l'acid jazz - L'éclectisme, signe du
génie
JAMIROQUAI "the return of the space cowboy" : réinterprété par Jay Kay pour la circonstance
JAMIROQUAI "cosmic girl" : incontournable et désormais « gold » en radio
SOUNDS OF BLACKNESS "i believe" Morales facon « gospel » avec Ann Nesby au « lead vocal »
DENI HINES "i like the way" : son chef d'oeuvre de 1998
JAYDEE "plastic dreams" : transformation d'un tube « trance » en hymne house
JOCELYN BROWN "ain't no mountain high enough" : la reprise d'Inner Life
CERRONE "love in C minor" : le pionner français du disco revisité
JOE ROBERTS "back in my life" : même des titres indigents brillent de mille feux
U2 "discotheque" : Ceux qui se moquent des clubs finissent par y être joués...le comble - Morales producteur
DAVID MORALES "gimme luv" : extrait d'un premier album peu convaincant
MARIAH CAREY "dreamlover" : Mariah Carey réinterprète aussi ce titre pour les besoins du mix
THE BOSS "congo" : hymne tribal de 1995
THE FACE "needin' u" : son premier Top 10 en Europe (avec le sample de "My first mistake" de The Chi-Lites)
Après avoir réalisé plus de 250 remixes et productions, la consécration viendra en 1998 lors des « Grammy Awards » (l'équivalent américain de nos « Victoires de la Musique »), cérémonie au cours de laquelle il sera élu « meilleur remixeur de l'année ». Il inaugurera par la même occasion la naissance de son label, Definity Records.
Depuis, ce grand producteur devant l'éternel a quelque peu déserté les charts, sans doute bien plus impliqué dans sa carrière de DJ international que dans la production et les remixes, aucun titre estampillé du « Boss » n’ayant d'ailleurs franchi la barrière des playlists des radios françaises depuis des lustres.
En 2004, il sort son 2ème album, « 2 Worlds Collide », avec des titres comme "How do U feel" qui s’inscrivent hélas un peu trop dans la mouvance « électro-dance » actuelle.
David, as-tu rompu définitivement les liens avec le « garage » et la « house » underground de tes débuts ou n’est-ce qu’une passade ?
Quelle heureuse surprise d’apprendre qu’un gros réseau prend l'initiative de demander la révision de cette imposition de quotas français et de nouveaux talents, une décision du CSA qui, partant de bons sentiments, est finalement à l’origine de la paupérisation des programmes voire de l’instauration d’une certaine forme de médiocratie radiophonique.
C’est au sénateur Michel Pelchat que l’on doit l’amendement qui précise les quotas de chansons francophones imposés aux radios françaises et qui entre en vigueur dans le tumulte le 1er janvier 1996 .
Très coercitif, il oblige les radios à diffuser au sein de leur temps d'antenne consacré à la musique de variétés, 40% d’œuvres musicales créées ou interprétées par des auteurs et artistes français ou francophones et, sur ce quota, 20% de nouveaux talents ou de nouvelles productions. On entend par « nouveau talent » toute création discographique pendant un délai de six mois pour les albums et les singles non extraits d'albums, et de trois mois pour les singles extraits d'albums, à compter de la date de leur première commercialisation.
Anticipant la ruse de sioux qui aurait consisté à se débarrasser des quotas durant les programmes de nuit, il impose la diffusion de ces œuvres « aux heures d'écoutes significatives ».
Montant au créneau dès 1998, Fun Radio estime alors que ces quotas sont contraires au traité de Rome définissant les règles de concurrences européennes. Le Conseil d’Etat la déboutera de sa demande.
10 ans après, forte d’un nouveau format axé sur la musique de clubs (« Dancefloor »), la station réitère sa demande et l’on ne peut que saluer cette initiative qui est le constat de la réalité de la production française.
En matière de quotas français, je sais de quoi je parle, ayant moi-même été en charge d’une émission consacrée à la dance music sur l’antenne de Skyrock de 1995 à 1997 et ayant vu ce programme supprimé (ainsi que mon emploi) faute de pouvoir intégrer mon émission dans ce nouveau carcan. Déjà à l’époque, j’avais jugé cet amendement comme une aberration totale et un mépris affiché de tous les besogneux de la musique électroniques qui savent bien qu’un titre à vocation internationale - ce qui est logiquement le but recherché par tout producteur - sonne toujours mieux en anglais qu’en français (qui n’est de toute façon pas la langue appropriée à ce style de musique).
Il faut dire que les tentatives de respect des quotas se révélaient assez pathétiques, le directeur des programmes ayant recours à de vieux titres de Claude François (« Je vais à Rio » ou Alexandrie, Alexandra ») ou à des titres rap d’Alliance Ethnik ou autre Menelik qui n’avaient rien à voir avec l’esprit dancefloor.
Aujourd’hui, le constat est clair. Les nouveaux talents que nous déversent les maisons de disques sont exclusivement des titres R’n B d’une médiocrité indicible.
A juste titre, Fun Radio ne peut plus se permettre de polluer sa programmation avec des inepties signées des starlettes du moment : Kenza Farah, Vitaa, Coxie, Sheryfa Luna ou Melissa M.
Quant au rap, on atteint là le tréfonds de la qualité musicale ; heureusement que quelques poètes du slam relèvent le niveau avec des textes intelligibles où la haine n’est pas le maître-mot.
Pendant ce temps, des artistes français talentueux jouissent d’une réputation mondiale (Bob Sinclar, David Guetta, Martin Solveig ou Daft Punk) et l’on ne compte plus les productions flamboyantes de tous les enfants de la « French Touch ».
Leur seul crime : produire des titres instrumentaux ou en langue anglaise.
La sanction : leur non considération dans ces fameux quotas ce qui empêche leur programmation sur les grands réseaux.
Où est la logique dans tout cela ? on se le demande.
Alors, mon vieil espoir de voir cet amendement scélérat révisé renaît avec cette nouvelle initiative de Fun Radio qui est frappée du sceau du bon sens.
Reste à savoir si les membres du CSA vont enfin réaliser que, malgré une volonté louable de défendre la culture française, ils ont fini par favoriser l’instauration d’une médiocratie insupportable en matière musicale, une sorte de taxifolia, cette "algue tueuse" de la qualité qui se répand à grande vitesse sur les ondes au fil des ans.
Depuis les quelques mois que je podcaste, je baladodiffuse ces fragments de la mémoire de Skyrock, j'avais omis d'évoquer les conditions de réalisation de ces Top Dance megamixes qui clôturaient la révélation du classement hebdomadaire.
Epiques, ces "sessions" préparées à la maison et mixées de nuit dans les studios de Skyrock au niveau -1 du Forum des Halles.
Je me souviens de ces levers à 3h du matin ou de ces départs tardifs à 23h, la playlist et les vynils soigneusement rangés dans ma besace.
Arrivée au parking Berger ; les hauts-parleurs diffusent une musique banale qui pallie la vacuité inquiétante des lieux.
Avant d'atteindre les ascenseurs, on croise parfois un vigile aussi intrigué que son Rottweiler par cet individu au pas pressé, l'air déterminé à une heure aussi tardive.
Un étage plus haut, je débarque à la "Cour des Miracles" du "Ventre de Paris". Comme si ce niveau -1 était un centre d'accueil toléré de tous les miséreux quand l'étage du dessous leur est interdit.
Il faut enjamber ces corps parfois encore conscients alignés sur le sol, parfois emballés dans des cartons ou des couvertures de fortune. L'odeur de l'urine, omniprésente, se mêle à celle de la crasse. La nausée vient.
Etrangement, je n'éprouve aucune crainte.
Glauques, ces cent petits mètres à parcourir avant d'atteindre l'entrée de Skyrock.
Je frappe au carreau de la porte vitrée avec une clé. J'aperçois Philou, le réalisateur de nuit ; il m'ouvre et je me sens plus serein, malgré tout.
Au coeur de la nuit, je peux disposer à ma guise du petit studio de production et mixer à pleine puissance.
Le Revox B77 tourne, le S1000 est chargé de tous ces samples qui ponctuent mes mixes.
Pas d'animateurs, pas de voisins, pas de nuisances.
Mais à 6h pétante, l'équipe du "morning" sera là et il faut impérativement en avoir terminé. Hors de question de mixer pendant un "live", le son des basses et du "pied" perforant les murs et la porte capitonnée du studio de production jusqu'à provoquer des nuisances audibles lorsque les micros sont ouverts.
Dans quelques jours, le fruit du travail de l'"oiseau de nuit" que je fut sera diffusé dans mon émission, le Skyrock Top Dance, comme chaque samedi.
C'est l'heure du laitier, quel plaisir de rentrer chez soi à contre-sens du cortège de voitures qui se languissent sur l'autoroute A4 vers Paris.
C’est en 1973 que le mot « disco » est employé pour la première fois dans un article du magazine américain « Rolling Stone ».
Est-ce le signe prémonitoire de la vague d’ « essayistes » souvent issus de la scène rock et qui tenteront une incursion dans ce style afin de s’offrir une cure de popularité, une retour inespéré dans l’actualité ou, plus trivialement, de substantielles rentrées d’argent en bénéficiant de cette immense vague de fond qui submerge les dancefloors du monde entier ?
Les Rolling Stones, justement, ouvrons le bal (et illuminons la boule à facettes) avec ce groupe de rock-rhythm and blues qui se compromet avec bonheur dans ce style avec « Miss you » (1978).
Je soupçonne Keith Richards ou Mick Jagger de s’être inspiré d’une des nombreuses mélodies que possède le merle noir pour leur gimmick si fédérateur – je l’ai parfois entendu siffler dans les feuillages au petit matin.
Toujours en 1978, Rod Stewart vend son album disco « Blondes Have More Fun » à plus d’un million d’exemplaires sous l’impulsion du hit « Da ya think i’m sexy » mais la belle histoire ne durera pas, la mélodie du refrain étant un plagiat assez évident du « Taj Mahal » de Jorge Ben qui lui fera un procès. Rod Stewart fera don à l’UNICEF de toutes les royalties indûment perçues.
En 1977, Elton John s’offre les services du producteur des Detroit Spinners, Thom Bell, et reprend l’un de leurs titres, « Are you ready for love » dans une version épique de 8’31’’. En 2003, des remixes signés notamment Ashley Beedle et Mylo le hissent au sommet des charts britanniques.
Le groupe de hard-rock Kiss, agacé par l’ampleur prise par ce mouvement musical et soucieux de prouver à quel point fabriquer un titre disco était à la portée du premier venu, nous gratifie du fadé « I was made for loving you » en 1979. Insouciants, les fans adhérent sans réserve à cette provocation.
La même année, Paul McCartney et ses Wings viennent se mêler à la fête avec « Goodnight Tonight », comme quoi l’éclectisme de ce garçon ne connaît aucune limite ce qu’il prouvera plus tard avec l’écriture d’un opéra, Le Liverpool Oratorio.
« Goodnight tonight » étrenne la signature toute fraîche du groupe avec le label CBS mais restera un single, Macca ayant décidé de ne pas l’inclure sur l’album « Back to the Egg » qui suivra et qui sera un flop.
Le titre « Silly love songs » sorti en 1976 peut aussi être considéré comme faisant partie du genre « disco » même si l’arrangement « club » n’est pas aussi affirmé.
En 1980, Queen accède à la notoriété aux States grâce au single « Another one bites the dust », titre qui s’inscrit dans la liste de ces morceaux portés par des lignes de basse cultes et dont Nile Rodgers et Bernard Edwards, les deux producteurs du groupe Chic, ont été les initiateurs avec « Good Times », plagié à outrance.
Adeptes du rock symphonique, les anglais de Electric Light Orchestra s’essaient brillamment au style avec « Last train to London » et surtout « Shine a little love » sur l’album Discovery paru en 1979 mais ils disparaîtront de l’actualité dans la foulée.
Et les français dans tout cela ? ils ne sont pas en reste, Marc Cerrone ayant déjà tracé la voie.
Le nom qui vient immédiatement à l’esprit est celui de Claude François. En 1977, il est prêt à en découdre avec cette critique qui le juge trop mièvre en concoctant l’album disco qui doit « remettre les pendules à l’heure » (pour user un peu plus ce vieux cliché journalistique).
« Magnolias forever » et surtout « Alexandrie, Alexandra » sont des tubes imparables mais, un jour de mars 1978, le destin décide que Claude François n’ira pas plus loin. Déjà frôleuse la Grande Faucheuse par deux fois, en 1975 et 1977.
L’un de ses poulains, Alain Chamfort, entre précocement dans la spirale et réalise en 1975 « Le Temps qui court », une adaptation française très romantique et calme du « Could it be Magic » de Donna Summer. Lassé de jouer les chanteurs à minettes, il part à Los Angeles durant l’année 1979 et enregistre son album « Poses » avec 4 requins de studio, les futurs membres du groupe Toto.
Sur cet album figurera un titre de Gainsbourg, « Manureva », 1 million d’exemplaires vendus.
Gainsbourg ? Ca serait peu le connaître que de penser qu’il n’a pas aussi profité de cette déferlante.
Dans le registre de la provocation soft, il délivre avec cette facilité qui exprime le talent « Sea, sex and sun », des textes aussi insignifiants que l’arrangement est brillant, logique exercice de style puisqu’il illustre le film « Les Bronzés » en 1978.
Polnareff est en plein cœur de l’action aux Etats-Unis ; il compose en 1976 un instrumental flamboyant, « Lipstick », bande originale du film du même nom, mais, hélas, ce furieux riff de guitare wah-wah et ces envolées de violons discoïsantes ne traverseront pas l’Atlantique...pour le malheur de tous.
La même année, sous l’impulsion de son frère Orlando, le « précurseur », Dalida revisite en version disco une vieille chanson d’avant-guerre de la chanteuse Rina Ketty, « J’attendrai », hit dévastateur.
Passée dans l’écurie Carrère, elle enchaîne sans faiblir : le medley « Génération 78 » en 1978, « Laissez-moi danser » (« Monday, Tuesday ») en 1979 et enfin « Gigi in Paradisco » en 1980, Guy Lux et les Carpentier peuvent se gaver des prestations scéniques de la diva à paillettes, sans doute la plus douée de tous pour l’exercice.
Patrick Juvet est le parfait exemple d’une reconversion disco totalement réussie. Métamorphose du chanteur fadasse en icône gay. « Où sont les femmes ? » en 1977 puis, l’année suivante, « I love America », fleuron de sa période « californienne », titre-fleuve de 14 minutes aux arrangements cosmopolites signés Morali/Belolo, sont des hymnes désormais intemporels.
France Gall a eu de la chance dans sa vie…à un moment. Elle rencontre Michel Berger, compositeur modulaire, éclectique, qui « transforme en or tout ce qu’il touche » (usons et usons encore jusqu’à la corde ces clichés éculés). Très prolifique, il écrit en 1977 l’album « Dancing Disco » sur lequel figure « Musique ». La encore, à l’instar d’un McCartney, l’homme de génie démontre qu’il peut s’adapter à tous les styles et la petite France assure.
Ringardisée par la critique, Sheila se montre aussi opportuniste mais en catimini. En 1977, elle sort « Love me baby » sous le pseudo de S.B. Devotion. Démasquée mais rassurée par le succès rencontré, elle s’acoquine à son tour avec les deux producteurs de Chic qui lui façonneront « Spacer » , ce titre mythique au son gras et dépouillé si caractéristique du duo. Mais sur elle aussi la malédiction du disco s’abat et sa carrière déclinera inexorablement.
Citons juste pour l’anecdote les tentatives plus ou moins réussies de Régine (la pathétique reprise du « I will survive » de Gloria Gaynor), Karen Cheryl (« Sing to me Mama »), Martin Circus (« Shine baby shine ») et Sylvie Vartan (« Disco Queen »).
Tué à la fois par l’intelligentsia musicale et le puritanisme américain de Reagan, le disco ne passera pas le cap des années 80.
Tous ces artistes n’auront profité que furtivement de cette aubaine musicale mais resteront néanmoins dans l’histoire comme des « essayistes » finauds et inspirés.
Etre "cliché" c’est être pris au flash pour utilisation excessive de formules toutes faites ; c’est « clichetoner » comme un plumitif poussif, un folliculaire qui « cachetonne » sans se renouveler.
Aux autoroutes des formules éculées toujours préférer les itinéraires linguistiques de délestage, chemins sinueux aux paysages variés.
Asservis par la médiocrité, ces textes banals doivent être jetés aux fours banaux puisque les survoler suffit à les comprendre.
S’ils deviennent des œuvres personnelles déroutantes, ils attirent alors l’œil du lecteur.
Si l’artifice est bon, il deviendra peut-être un cliché, un cliché dont on revendiquera fièrement la paternité.
Etre "cliché" ? mieux vaut en sourire que d’en pleurer, il est temps de perfectionner mon style !.
Le comble du « clichetoneur » ? croire que l’on possède un style personnel alors qu’on nourrit sa plume d’expressions ressassées par des milliers d’autres avant soi.
Ecrire, c’est inventer.
Et pour conclure en clichés: « Revoir ses fondamentaux, c’est faire un virage à 180 degrés, faire de son style une success story, tenir le haut du pavé en occupant une place à part dans le paysage journalistique permettant à son chiffre d’affaires de réaliser une croissance à deux chiffres et éviter la mort lente mais…..c’est un véritable parcours du combattant.
Sans doute ai-je "clichetoné" parfois sur ce blog. Que l'on me pardonne.
5 mars 1993 : Carl Turner et Dean Meredith, 2 des 3 membres du groupe anglais Bizarre Inc., débarquent dans le petit studio de production de Skyrock pour y concocter un mix house furieusement happy et destiné a être diffusé quelques heures plus tard dans la Max Party, passage obligé pour les DJ's internationaux en tournée dans la capitale.
Les auditeurs du Top Dance les connaissent bien puisque leur tube "I'm gonna get you", porté par la voix d'Angie Brown, a squatté le classement quelques semaines auparavant.
Evidemment, les puristes se vantent se s'être déjà extasiés en 1991 sur leur premiers morceaux acid-house, "Playing with Knives" (et son gimmick vocal vocodé "Dance while the record spins !"), "Raise" ou "X static".
L'album "Energique" qui compile toutes ces merveilles est d'ailleurs un sommet d'une house...so british, punchy et bourrée de samples malins.
Le single "Took my love" sort quelques semaines plus tard en édition double pack mais, hélas, la vague est repartie vers le large et Bizarre Inc. ne s'en remettra pas.
Je pense que tu mérites d'être reconnu pour ton talent, tes commentaires sont francs et directs et reflètent de ton... read more
on Megamixes au coeur de la nuit